« Avec un robot de traite, il est impératif d’anticiper tous les problèmes »

Publié le 29/11/2014 | Technique

Le Gaec du Manoir se place en tête de l’édition 2013/2014 du Palmarès Lait en système de traite robotisé. La forte productivité par animal est une des conséquences de sa localisation géographique. Fienvillers, au nord d’Amiens dans la Somme, est en effet situé dans une zone de plus en plus vouée aux cultures de vente. Les surfaces fourragères subissent donc la logique économique.

Le Gaec du Manoir regroupe trois associés. Stéphane et Régine Caron se consacrent à la conduite du troupeau laitier, alors que Laurent Caron s’occupe de la plaine. Sur les 240 hectares de surface totale, 54 sont voués à la production fourragère (33 ha de maïs ensilage et 21 ha de prairie). Sur la campagne laitière 2013/2014, la quantité de lait livré a atteint 1 051 000 litres, soit un ratio de près de 19 500 litres de lait par ha de SFP.

Une meilleure productivité

Il y a dix ans, la production laitière du Gaec s’élevait à 624 000 litres. En 2014, le quota est de 930 000 litres. Cette augmentation n’est pas le fruit d’agrandissements en surface, mais d’attributions de droit à produire. Pour y répondre, la taille du troupeau n’a pas beaucoup évolué. En revanche, la productivité par animal a connu une croissance d’environ plus 2 700 kg.Cette évolution du niveau d’étable a été possible grâce à la construction d’un bâtiment pour améliorer le confort des animaux, et à l’installation de robots de traite. Evidemment d’autres éléments complètent l’analyse des résultats.

Le travail de trois générations

« Au Gaec du Manoir, le troupeau actuel avec sa génétique est le fruit du travail de trois générations d’éleveurs tous passionnés. Sans forcément chercher la génétique d’Outre Atlantique, la productivité des animaux a toujours été un critère de choix important pour l’élaboration des plans d’accouplement », explique Franck Petit, conseiller d’Avenir Conseil Élevage. « Pour l’avenir, la solidité des membres, la qualité des mamelles sont devenus des critères essentiels. En système robotisé, les pattes et les mamelles sont les clés de la réussite ! », complète Stéphane Caron. La ration des vaches laitières est identique toute l’année. Entre 2006, date de mise en service du nouveau bâtiment, et 2012, mise en route des robots, il n’y avait plus de DAC. Pendant cette période, Stéphane estime que le potentiel des animaux n’était pas exprimé, ce que les robots ont permis.

Toutes les vaches à plus de 50 kg et l’ensemble des primipares à plus de 40 kg reçoivent 200 g de propylène glycol par jour pendant 50 à 60 jours. Au-delà de cette période, la courbe de lactation moyenne du troupeau se maintient à un haut niveau. Si bien que la complémentation est adaptée pour réduire la production 3 semaines avant le tarissement.

Un bâtiment au carré !

En 2006, le troupeau a intégré le bâtiment actuel. Plusieurs problématiques sont à l’origine de sa construction : manque de place dans l’ancienne stabulation, manque de main-d’œuvre depuis le départ en retraite des parents en 2002, et des conditions de travail difficiles. Dès le début de leur réflexion, les associés ont projeté l’installation de robots de traite pour améliorer l’efficacité du travail (moins de pénibilité et gain de temps).

Une des particularités du bâtiment est la présence de deux couloirs d’alimentation. Cette conception permet d’avoir beaucoup de places à l’auge tout en conservant un bâtiment très compact. « Ces deux couloirs nous ont permis de concevoir un bâtiment presque carré, la forme idéale pour l’implantation de robots et favoriser la circulation des animaux. », explique Stéphane Caron. Les couloirs entre les logettes sont tous équipés de racleurs automatiques qui fonctionnent 3 fois par jour. Outre son rôle sanitaire, cet équipement permet d’accroître l’activité des animaux, augmentant la fréquentation aux robots.

Anticiper les problèmes pour ne pas en subir les conséquences

« La mise en route du robot de traite s’est très bien passée. Je m’attendais à avoir des difficultés comme des vaches à pousser au robot pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines, des vaches à réformer. Mais finalement, sans dire qu’il n’y a eu aucun problème, ces difficultés se sont avérées largement surmontables », témoigne l’éleveur. L’installation du robot a totalement modifié l’approche du métier de Régine et Stéphane. Alors qu’ils passaient beaucoup de temps en salle de traite et à l’alimentation du troupeau, le robot a permis de gagner du temps d’astreinte. Aujourd’hui, l’analyse des données est devenue un élément essentiel de leur travail. L’ordinateur leur indique les vaches « en manque de traite », celles à soigner ou à surveiller.

« En traite robotisée, l’élément qui fait la différence, c’est la fréquentation au robot », explique Franck Petit. Les résultats du Gaec du Manoir sur ce critère sont sans appel, ce sont les meilleurs du groupe « Robot » d’ACE. Le graphique ci-dessous indique le nombre de traites par heure, l’objectif étant d’avoir une répartition la plus homogène possible. Les 3 lavages quotidiens de 25 minutes chacun sont bien visibles (4-5h, 12-13h et 20-21h). En moyenne, les vaches passent au robot toutes les 7h53, soit un peu plus de 3 traites par jour. Une bonne fréquentation permet une vidange régulière de la mamelle, et par conséquent des traites courtes.

On considère une traite comme étant optimale lorsque la quantité de lait est comprise entre 8 et 16 kg et l’intervalle de traite entre 6 et 12 heures. Au Gaec du Manoir, 72% des traites remplissent ces conditions.

Pour aller plus loin

Reportage Gaec du Manoir.pdf