Sens du détail et dimension humaine

Publié le 21/07/2015 | Nos Actions - Nouveautés

Le 9 juillet dernier, la  famille Verschave ouvrait les portes du GAEC DE LA BELLE PROMENADE à Frelinghien (59) dans le cadre du Forum organisé par Avenir Conseil Elevage en partenariat notamment avec CerFrance, Gènes Diffusion, Prim’Holstein France et Arc et Sens. Dans une ambiance très conviviale, les 370 participants ont découvert cet élevage où il doit faire bon travailler, puis ils ont pu échanger avec différents fournisseurs du monde de l’élevage présents à cette occasion.

Structure familiale, le Gaec de la Belle Promenade est né en 1986. Il est constitué aujourd’hui de 3 associés dont Sébastien qui est entré dans le Gaec en 2011 à la place de son père. L’exploitation produit actuellement 925 000 litres de lait sur 100 hectares dont 30 hectares de maïs fourrager.

De la réflexion avant tout !

Pour présenter un élevage, quoi de mieux que d’utiliser le Capacilait ? C’est ce qu’ont fait Emmanuel Delmotte, responsable du service technico-économique d’Avenir Conseil Elevage, et Alexis Moreau de CerFrance. Cet outil détermine en effet  la capacité à produire d’un élevage laitier en fonction de 7 critères : la main-d’œuvre disponible pour le lait, les fourrages à disposition pour nourrir les animaux, les animaux présents, c’est-à-dire le nombre de vêlage par an. Ce dernier point est l’une préoccupation importante des éleveurs. Viennent ensuite les aspects réglementaires – stockage des effluents, régime des installations classées – la capacité de logement des vaches et des génisses, le stockage et la distribution des fourrages et enfin la traite et le stockage du lait. Pour le Gaec de la Belle Promenade tel qu’il est actuellement, tous les voyants sont « au vert ». Le choix de distribuer les fourrages au godet dessileur de 2,5 m3 pourrait néanmoins être le facteur limitant si les éleveurs souhaitaient faire évoluer leur système. Le temps passé à la traite, plus d’une heure par traite, pourrait aussi être discuté,  en ayant néanmoins en tête qu’il correspond à la part de passion du métier de ces éleveurs et leur permet d’observer les vaches…
La formation « Mon Revenu » suivie par Sébastien en 2012, lui a également permis de bien définir les leviers d’actions de l’élevage. Emmanuel Delmotte rappelle que «  l’intérêt de ces 2 démarches est de bien mettre les objectifs des éleveurs au centre de la réflexion » et qu’il n’y a pas 2 systèmes identiques. Au Gaec de la Belle Promenade, l’objectif est clair : assurer le confort des vaches et celui des éleveurs ! 

Le confort des animaux

La visite se poursuit dans le bâtiment des vaches laitières construit en 2004 lors de la mise aux normes. Il est vaste – conçu pour 140 VL- et clair, et visiblement tout est fait pour que les vaches s’y sentent bien : ventilateurs, brosse rotative que les animaux utilisent avec plaisir, houx suspendu à distance régulière sont là pour en témoigner. 

Dans cet environnement agréable, Vincent Claisse, conseiller Boiterie d’Avenir Conseil Elevage, présente la démarche de diagnostic Boiteries qu’il utilise en expliquant qu’ « il n’y a pas de potentiel exprimé avec de mauvais pieds ». Le parage d’un échantillon de 15 animaux permet de déterminer quelles sont les pathologies dominantes de l’élevage. Ainsi sur 43 diagnostics réalisés, il  a pu constater que 41% des élevages présentaient de la Mortellaro, 55% du Fourchet et 35% des Fourbures, certains cumulant plusieurs pathologies. Cette présentation a été suivie d’une démonstration de parage fonctionnel réalisée par Quentin Mériaux.

Concernant l’impact de la génétique sur le confort des animaux, David Tesson de Prim’Holstein France a présenté différents index et notamment celui concernant le tempérament et le gène sans corne. Il a précisé que le choix d’un taureau nécessite de faire des compromis après avoir bien défini ses objectifs : « il faut savoir lâcher du lest dans certains postes pour être meilleur sur d’autres ».

Mickaël Fievet de Gènes Diffusion a, quant à lui, rappelé que les boiteries étaient la 3ème cause de réforme après les cellules et la reproduction.  Une bonne locomotion relève du bien-être animal et contribue au confort de l’éleveur en lui évitant du temps passé aux soins et pas mal de soucis…4 postes élémentaires de sélection sont destinés à améliorer les membres des animaux : AJ « angle du jarret », PI « angle du pied » pour lequel on cherche un maximum d’ouverture, MR « Membres arrières » que l’on veut les plus parallèles possibles et le poste LO « Locomotion ». Le poste ME est une note de synthèse constituée à 60% de LO, 20% de MR et 20% de AJ. Au-delà de ces aspects posturaux, un programme de sélection sur la santé du pied est mis en place par Gènes Diffusion depuis un an : un beau pied c’est bien, mais un bon pied  c’est mieux pour la longévité des animaux… 

« Ce qui fait boiter, ce sont les positions debout pendant longtemps. Cela représente en effet une charge d’environ 80 kg par onglon » .On comprend donc l’importance d’un logement confortable. C’est pourquoi Camille Dubois, conseiller Bâtiment d’Avenir Conseil Elevage a fait le point sur les différents types de logettes existantes. Pour lui, 2 points sont à surveiller attentivement quel que soit le système choisi : le réglage des logettes, notamment au niveau de la barre au garrot, et la propreté des animaux (entretien des logettes, humidité des couloirs). Il conseille « d’éviter les modèles avec lice frontale et d’accepter d’avoir quelques bouses dans les logettes. Concernant les tapis qui ne doivent être ni trop lisses ni trop abrasifs, la qualité de la pose fait la durée de vie du produit… ». Enfin, pour lui, l’idéal dans un projet neuf serait de prévoir un espace pour accueillir 10% du troupeau en aire paillée, en cas de boiterie ou de début de lactation difficile, par exemple. 

Et pour vous, comment ça va ?

C’est avec cette question inattendue que Régis Desseaux d’Arc et Sens a accueilli les différents groupes sur son stand baptisé « Bien dans ses bottes, bien dans sa tête ».  Eh oui, tout son travail tourne autour du confort des humains au travers des aspects relationnels des associations, mais également de la construction de projets professionnels et/ou personnels. Autant de problématiques vitales pour être bien dans ce qu’on fait : la qualité de vie – le sens donné à ses choix – l’équilibre entre passion et réalité économique ou entre vie professionnelle et vie familiale – l’engagement – la prise de recul… Son objectif était clairement affiché : « je souhaite que vous repartiez en vous interrogeant sur ce que vous pourriez faire chez vous pour mieux vivre » !

La visite s’est terminée avec la découverte de la nouvelle nurserie créée en 2014. Il s’agit de l’ancien bâtiment des vaches laitières construit en 1984,  puis presque inutilisé suite à la mise aux normes et à la construction du nouveau bâtiment. L’objectif des éleveurs lors de cette transformation : visualiser les besoins des veaux et y répondre point par point. Les 3 critères principaux qui ont été pris en compte sont les aspects sanitaires, la température et le renouvellement de l’air, et tout a été étudié et conçu avec attention. L’isolation en toiture a été particulièrement soignée pour éviter les variations de température. Même si une ventilation naturelle était possible bien que le bâtiment soit assez bas, le choix a été fait d’une ventilation mécanique avec extracteurs. 5 trappes de ventilation sont gérées par l’éleveur via un boitier de régulation installé au bout du bâtiment permettant de choisir la plage de température souhaitée. Enfin des déflecteurs d’air ont été installés au niveau des trappes pour que le flux d’air soit amené à l’extracteur. Le curage est fait tous les quinze jours.

Pour l’aménagement de l’espace central en aire paillée, de nombreux poteaux ont dû être coupés. Un système de double barrières a été installé pour délimiter 9 parcs de 18 m2 chacun. « On préconise une surface de 2,5 à 3 m 2 par veau », précise Thomas Traen, conseiller Bâtiment d’ACE, « ce qui est tout à fait respecté ici puisque les éleveurs mettent au maximum 6 veaux par parc ». Une quinzaine de boxes individuels pour les nouveaux nés sont installés le long du mur sur un côté du bâtiment, tandis que de l’autre côté la façade palissé de translucides laisse passer une belle clarté qui rend l’endroit très agréable.

Oui, pas de doute il doit faire bon vivre et travailler au Gaec de la Belle Promenade. Une ferme sans « tape à l’œil » où tout est bien pesé et réfléchi et où le bien-être de chacun, animal et éleveur, est pris en compte dans chacune des décisions.