L’Homme : au cœur de l’élevage de demain

Publié le 03/03/2017 | Technique

L’éleveur est avant tout un être humain ; il peut également être un  associé ou un  employeur : il s’agit des trois facettes humaines qu’il convient de travailler pour vivre au mieux de ce métier demain.  Le 14 février 2017, Avenir Conseil Élevage organisait son Assemblée Générale Plénière à Ablaincourt Pressoir dans la Somme. A cette occasion, Régis Desseaux, consultant en Relations Humaines et fondateur d’Arc et Sens, entreprise d’accompagnement dans la gestion humaine, est intervenu sur la place de l’humain en élevage. Le titre de la conférence « Un enjeu pour demain : l’élevage à visage humain » a remis pendant un temps l’éleveur au centre des systèmes de production,  avec ses projets personnel, familial et bien sûr professionnel.

« Qu’est-ce que vous faites pour vous ? » 

En posant d’entrée cette question, Régis Desseaux souligne un préalable trop souvent oublié dans les réflexions qui précèdent les prises de décisions concernant la gestion de l’exploitation. C’est d’ailleurs un aspect encore trop souvent négligé dans l’inconscient collectif ; en effet que signifie l’expression « Réussir sa vie » pour la plupart d’entre nous ? si ce n’est avoir un travail et constituer un patrimoine matériel. En réalité, tout individu recherche un équilibre entre sa vie personnelle, son  travail, sa famille et sa vie sociale. Il est donc nécessaire qu’il détermine au mieux qui il est, quels sont ses besoins et qui est important pour lui. C’est ainsi qu’il pourra prendre des décisions en sachant clairement pourquoi, en fonction de qui il est.

Si le métier d’éleveur est très prenant, il faut apprendre à faire la part des choses. Une première action concrète pour y parvenir peut être de disposer d’un vrai bureau d’exploitation. Cela peut paraitre anodin ou accessoire, mais le simple fait de pouvoir différencier lieu de travail et lieu de vie permet à l’éleveur, ou à l’éleveuse, d’enfiler son « costume » de père ou mère de famille, d’époux ou d’épouse en rentrant à la maison. « Bien évidement, il n’existe pas de cloison entre le professionnel et le personnel, mais quand vous êtes face à une difficulté professionnelle ce n’est déjà pas facile, et lorsqu’on s’aperçoit que cela impacte en même temps notre vie personnelle, alors c’est encore plus délicat », explique Régis Desseaux. 

Se poser les bonnes questions

Une des clés pour s’approcher de l’accomplissement personnel est d’avoir un ou des projets. Ils sont des moyens pour atteindre notre « vision de l’idéal ». Cela peut paraître un peu utopique, mais la part de rêve que contient la « vision de l’idéal » permet de trouver le sens de notre action.

Être en projet…

La notion de projet évoquée ici correspond à un but à atteindre. Y parvenir nécessite la mise en œuvre de moyens. Ainsi, construire un bâtiment n’est pas un projet, c’est un moyen.

Le projet peut alors servir notre objectif. Il réinterroge en permanence ce que chacun veut pour lui demain. Pour illustrer la démarche, l’intervenant évoque le cas d’un couple d’éleveurs qui souhaitait gagner en qualité de vie. « Nous avons d’abord défini ce qu’était, pour eux, la qualité de vie. Il s’avère que l’objectif était de passer plus de temps avec les enfants. Ainsi nous avons défini le projet à trois ans : parvenir à gagner 1 heure par jour sur le travail pour favoriser la vie de famille. »

Finalement, bien vivre son métier d’éleveur nécessite de savoir pourquoi on le fait et vers quoi on veut aller. Passage incontournable mais parfois  complexe à travailler, notamment lorsque l’éleveur n’est pas seul décideur.

Pour une association réussie

Nous ne « fonctionnons » pas tous de la même manière ! Tandis que certains d’entre nous ont besoin de décider vite pour avancer, d’autres ont besoin d’analyser la situation plus longuement, certains ne se soucient pas beaucoup des autres et de leurs jugements, alors que d’autres ont besoin de reconnaissance... Après avoir présenté quelques principes du comportement humain, Régis Desseaux a insisté sur la phase de préparation de l’association avec quelques prérequis : « Comment allez-vous vivre cette association ? Quel est le projet commun ? Qu’allez-vous faire pour nourrir l’association ?». Dans tous les cas, l’association requiert de porter un projet commun avec des valeurs partagées.

Un groupe, c’est-à-dire la rencontre d’au moins 2 personnes,  ne vit qu’à travers les interactions de ses membres. Pour le mener vers la réussite la règle des 3 « c » est essentielle : Communication, Contrat et Confiance. Ainsi, un règlement intérieur doit être rédigé et approuvé par les associés, il abordera notamment les moyens de communication et tous autres points jugés nécessaires. « La communication est trop souvent négligée dans les sociétés, je ne suis jamais intervenu dans une situation où le problème était l’excès de communication ! », illustre l’intervenant.

L’éleveur employeur

Etre employeur de main-d’œuvre nécessite également une communication suffisante entre l’éleveur et le salarié. Parmi les clés de la réussite, citons l’importance primordiale de définir clairement et précisément le résultat attendu sans forcément préciser la méthode à appliquer pour y parvenir. 
La motivation du salarié constitue un autre élément crucial pour l’éleveur employeur. Concernant les éléments de motivations, le psychologue américain Frederick Herzberg, a distingué deux sortes de besoins à satisfaire : les facteurs d’hygiène et les facteurs internes.

Les premiers ne sont pas de véritables sources de motivation, mais simplement des motifs de satisfaction dès qu’ils sont pourvus. Par contre, ces besoins peuvent être source de mécontentement, et donc de démotivation, s’ils ne sont pas satisfaits. Il s’agit des conditions de travail, du salaire, des relations dans le travail… La réelle motivation provient de la deuxième catégorie de facteurs : il s’agit de l’autonomie au travail, du contenu des tâches confiées, de la valorisation du salarié, notamment  en lui disant lorsque son travail est satisfaisant…

Pour générer de la motivation,  il faut finalement satisfaire les besoins d’hygiène et en même temps donner du sens au travail confié, diversifier le travail, et faire confiance en proposant, par exemple, de nouvelles responsabilités. 

En illustrant son intervention d’exemples concrets et vécus, Régis Desseaux a mis en avant l’humain qui, selon lui, est le facteur à travailler en priorité dans beaucoup d’élevages et le plus porteur d’efficacité. Les participants sont sans doute partis avec plus de questions qu’en début de conférence, et si tel est le cas alors c’est une réussite s’en réjouit le consultant en Relations Humaines : « Je n’apporte pas de solutions, je fais réfléchir pour que vous trouviez votre solution. » Enfin, en plaçant l’écoute des besoins de l’éleveur au cœur de son Offre de Services, Avenir Conseil Élevage se place résolument dans l’objectif d’accompagner chaque éleveur vers « la vison idéale » de son métier.