Organiser le parcellaire de pâturage pour valoriser l’herbe

Publié le 27/01/2019 | Technique

Quel que soit le type de bovins (laitiers, allaitants, génisses…), optimiser et valoriser la surface en herbe signifie fournir aux animaux une quantité et une qualité d’herbe identique jour après jour pour maintenir un niveau de production ou de croissance le plus constant possible. Le meilleur système pour y parvenir, tout en maîtrisant le temps de travail, est le pâturage tournant.

Alors que les Hivernales 2019 d’Avenir Conseil Elevage proposent de travailler sur l’alimentation protéique des troupeaux, la valorisation de l’herbe au pâturage peut être un levier à explorer. En optimisant les pâtures, il est souvent possible d’augmenter les surfaces récoltées pour davantage de stock de meilleure qualité, et par conséquent moins de concentrés azotés à acheter.

Une organisation du parcellaire adaptée est essentielle pour valoriser l’herbe sur pied. Elle peut aussi être à l’origine d’une nette amélioration du temps de travail une fois la bonne formule trouvée.

Dessiner des paddocks adaptés

Pour commencer, l’effectif du troupeau, la pousse de l’herbe et la ration à l’auge distribuée en complément doivent être mis en relation pour déterminer la surface nécessaire à un jour de pâturage. Le repère d’un are par VL et par jour en ration « tout herbe » permet d’avoir une première approche.

Ensuite le nombre de parcelles ou paddocks sera fonction du « dynamisme » du pâturage (nombre de jours consécutifs dans un même paddock). Sur ce point, une période de 3 jours est le meilleur compromis entre performances des animaux, valorisation de l’herbe et temps de travail sans compromettre la repousse suivante.
Dans notre région, en moyenne, il faut se baser sur un délai de retour dans le paddock au bout de 20 à 25 jours au printemps et de 35 à 40 jours en été.

Dans l’idéal, il est préférable de dessiner des paddocks carrés plutôt que tout en longueur et peu larges. Enfin, la pose de clôtures mobiles dans les paddocks les plus éloignés facilitera l’éventuelle fauche au printemps lorsque la pousse est la plus forte.

plan parcellaire
Figure 1 : Exemple d'un parcellaire réorganisé pour le pâturage tournant


Dans tous les cas, la valorisation de l’existant permet de limiter les coûts d’une réorganisation de parcellaire herbager. Ainsi, il peut être opportun de s’appuyer sur un élément fort comme un chemin, un cours d’eau ou une haie pour ensuite dessiner les paddocks.

Chemins d’accès, un passage obligé !

Une fois le parcellaire établi, les accès doivent être aménagés en zone portante avec une largeur adaptée à leur utilisation. Même si cette surface est définitivement perdue pour la production fourragère, son aménagement limite énormément les pertes par piétinement et par surconsommation des zones traversées et améliore considérablement les conditions de travail.

Schéma de chemin
Figure 2 : Les pentes permettent d’évacuer correctement l’eau dans les fossés

En sortie de bâtiment et début de parcours, le réseau principal doit être assez large pour assurer une bonne fluidité de circulation : prévoir 2 mètres jusqu’à 50 VL, 3 m jusqu’à 75 VL, 4 m jusqu’à 100 VL et au minimum 5 m au-delà de 100 vaches. En fin de parcours, les voies d’accès aux parcelles peuvent être réduites à 1,5 m, notamment si elles sont bétonnées. Enfin, prévoir au minimum 4 m pour les passages d’engins.

Un réseau d’eau modulable

Chaque paddock doit disposer d’au moins un point d’eau, si possible éloigné de l’entrée. Il faut compter environ 600 litres de réserve pour 40 vaches avec un bac à niveau constant et un débit minimal de 7 litres par minute. Pour ne pas faire d’erreur et limiter les coûts, il est vivement conseillé de prévoir le réseau d’eau en deux parties. La première sera semi-enterrée et distribuera un réseau secondaire constitué de tuyaux semi-rigides équipés de raccords rapides et éventuellement de vannes afin de pouvoir purger facilement ce réseau et l’adapter au fil du temps et de l’expérience.

Suivre la pousse pour adapter la conduite

Une fois le parcellaire aménagé, il faut planifier le pâturage pour anticiper tout manque ou excès d’herbe. La "surface de base" en pleine pousse est constituée de paddocks qui seront exclusivement pâturés (privilégier ceux à proximité du bâtiment).

En pleine pousse (avril/mai), dès que la hauteur à l’herbomètre atteint 10 à 12 cm, le paddock doit être pâturé. Si l’herbomètre indique plus de 15 cm, il est préférable de débrayer le paddock pour le faucher. À l’inverse, si la hauteur d’herbe est inférieure à 15 cm à l’entrée des vaches, un complément à l’auge sera nécessaire pour ralentir le cycle de pâturage. L’autre solution consiste à augmenter les surfaces en herbe afin de satisfaire les besoins quotidiens des animaux.

Comme souvent, le premier jet est rarement parfait, mais il a le mérite de poser les bases de la situation idéale.

Le sachant, il faut pouvoir l’adapter pour le faire évoluer. Réorganiser un parcellaire de pâturage nécessite du temps de réflexion et d’expérimentation. Une fois la situation optimale trouvée, il est alors possible d’entamer des travaux plus conséquents comme l’aménagement des chemins d’accès, du réseau d’eau…

Les conseillers spécialisés fourrages d'Avenir Conseil Elevage peuvent vous accompagner dans la valorisation de vos surfaces en herbe.